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Quand l'aide ne circule que dans un sens
Ici, je m'intéresse au mot.
J'imagine que vous faites ce constat de la tendance, sur les réseaux sociaux et sur les sites web : des indépendants de tout âge affichent la promesse qu'ils sont là pour « aider ».
Aider à trouver des clients, aider à augmenter le chiffre d'affaires, aider à monter en visibilité, aider à être mieux aligné pour appréhender une reconversion professionnelle.
À ce rythme, il faut s'attendre à voir des restaurateurs afficher qu'ils nous aident à nous alimenter, ou des marques comme Paic Citron qui nous aident à laver notre vaisselle 😏
Le débat ne porte pas sur la légitimité à faire du commerce. Il porte sur ce que ce mot-là permet de faire.
Ce que le mot remplace
« Aide » n'est pas un synonyme de « prestation », de « conseil » ou d'« accompagnement ». Il fait quelque chose que les trois autres ne font pas : il substitue une finalité morale à une contrepartie économique.
Demandez à quelqu'un ce que vous gagnez à lui fournir votre travail, il doit répondre en termes de valeur. Répondez-lui « ça va aider les gens », et la question change de nature : elle ne porte plus sur le prix, elle porte sur vos intentions. Insister devient mesquin.
C'est un dispositif efficace. Il ne coûte rien à celui qui l'emploie, et il déplace la charge de la justification sur celui qui demande son dû.
Ce qu'on me demande de donner
Un indépendant me contacte pour alimenter un guide sur la peur du changement professionnel, destiné aux seniors en reconversion. Le guide sera offert. Je suis senior, j'ai changé de métier plusieurs fois : je suis à la fois la matière première du document et sa cible.
Il ne veut pas d'un échange oral, il veut un texte rédigé par mes soins. Ce n'est plus un témoignage, c'est une prestation de rédaction.
Je demande ce que j'y gagne : « Ça va aider les gens. »
Aider des inconnus, je le fais déjà — Téléthon, Restos du Cœur, Banque alimentaire. Aucun des trois ne construit un tunnel de vente derrière. La différence n'est pas dans le fait de donner, elle est dans l'existence d'un bénéficiaire commercial identifié.
Ce que je lui donne, et comment il le nomme
Je visite ensuite son site. En tant que professionnel qui analyse les flux, je constate que mes données personnelles de navigation sont envoyées à des entreprises tierces, dont Google, malgré mon refus explicite des cookies.
Je prends le temps de le prévenir. Gratuitement, sans proposition de prestation, sur un point qui l'expose juridiquement.
Sa réponse : « Vous faites du démarchage commercial ».
Voilà les deux gestes, l'un en face de l'autre.
Il me demande gratuitement quelque chose qui a de la valeur, et il appelle ça de l'aide. Il reçoit gratuitement quelque chose qui a de la valeur, et il appelle ça du démarchage.
Le mot ne s'applique jamais à ce qu'il reçoit. Uniquement à ce qu'il prend.
Ce qui circule vraiment
Dans les deux cas, la mécanique est la même : ce qui est gratuit pour moi est ce qui produit de la valeur pour lui. Un guide offert ne rapporte pas d'argent, il rapporte des contacts, et sa matière première est le vécu qu'il n'a pas. Un site consultable librement ne rapporte pas d'argent non plus, et il transmet à des tiers les données de ceux qui le consultent.
Ce n'est pas de l'aide, c'est de la captation.
Le mot sert à la rendre présentable.
Une relation professionnelle a besoin de clarté et de réciprocité. Elle commence par appeler une transaction une transaction — y compris quand on n'a rien à mettre en face.
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